Agriculture

Question 1 : Que pensez-vous d’une nouvelle PAC qui serait basée sur des prix agricoles minimum garantis et rémunérateurs, un encadrement des marges de la grande distribution, une répartition des productions assurant l’autosuffisance alimentaire ?

Les objectifs du premier Marché Commun Agricole (avec 6 pays) n’ont pas été atteints. Certes les productions ont fortement augmenté mais le nombre d’exploitations s’est effondré et le revenu des paysans est aujourd’hui en berne. Cela provoque un rejet de l’Europe et la montée des souverainismes alors que ce qui est en cause c’est le capitalisme. Dans ce système les gains de productivité ne profitent pas aux producteurs, la valeur ajoutée est confisquée en amont par les marchands d’intrants et de machines, en aval par les industries de transformation et la grande distribution, les banquiers aspirant le peu qui reste. La Commission européenne et les gouvernements nationaux sont complices. C’est pourquoi une revendication élémentaire comme un prix minimum garanti couvrant les coûts de production et assurant la rémunération du travail, portée lors des manifestations des éleveurs de porc et des producteurs de lait, n’ont pas abouti, le ministre de l’agriculture ayant capitulé face aux industriels.

Le MODEF a raison de défendre ces revendications à l’échelle européenne car les paysans rencontrent partout les mêmes difficultés, y compris dans les pays ayant récemment adhéré à l’Union où la « modernisation » imposée fait d’énormes dégâts. Le pire serait d’opposer entre eux les agriculteurs de différentes nationalités.

Le « coefficient multiplicateur », porté par le MODEF (mais qui n’est pas évoqué dans ce questionnaire) nous semble un bon axe de lutte puisqu’il permettrait d’interdire aux capitalistes de l’agroalimentaire et du commerce d’augmenter leurs bénéfices en s’approvisionnant à moindre coût et en jouant la concurrence entre les producteurs.

Mais cette mesure en rupture avec le libéralisme ne pourra être imposée que par la lutte.

Question 2 : Etes-vous favorable à une réorientation de la PAC en s’appuyant sur les principes de souveraineté alimentaire ou droit des peuples à protéger leur indépendance alimentaire ?

Là encore cette réorientation suppose une rupture avec la politique actuelle basée sur le libre échange, la quête permanente de la « compétitivité » et le primat donné aux exportations. Nous ne pouvons que souscrire à cette profession de foi du MODEF et de Via Campesina en faveur de l’indépendance alimentaire de tous les peuples, en soulignant ses implications. En effet la relocalisation des productions, qui apparait aujourd’hui indispensable pour préserver l’environnement, est incompatible avec les exportations à outrance qui ruinent les agricultures des pays tiers, souvent en modifiant brutalement les habitudes alimentaires.

A nos yeux – et c’est aussi une réponse à la première question – il est catastrophique de concentrer au nom de la rentabilité l’agriculture dans des bassins de production censés nourrir les populations à moindre coût grâce à des rendements supérieurs. Catastrophique et illusoire, on a vu comment le Mexique, après que ses producteurs de maïs aient été ruinés par les 

importations provenant des Etats-Unis, a subi une augmentation brutale du prix de sa nourriture de base du fait de la spéculation.
Relocaliser les productions et la première transformation est également un élément de l’aménagement du territoire. L’agriculture modèle les paysages, elle représente des emplois directs et induits indispensables à la vie des communes rurales en France, en Europe et dans le reste du monde. Cela doit être pris en compte dans le déploiement des aides.

Question 3: Les produits agricoles et agro-alimentaires ne sont pas de simples marchandises puisqu’ils sont garants de notre indépendance. Etes-vous favorable à sortir l’Agriculture de l’OMC ?

Cette question se recoupe en partie avec les précédentes et notre réponse sera brève. Nous pensons qu’il ne faut pas seulement défendre une exception agricole mais sortir de l’OMC ! En effet l’Organisation Mondiale du Commerce n’est pas une institution neutre destinée à garantir des échanges harmonieux dans le cadre d’une certaine régulation ; c’est un instrument des grands groupes capitalistes pour transformer en marchandises toujours plus de produits de l’activité humaine : agriculture mais aussi culture, services publics, médicaments, énergie... Tout cela bien sûr pour engranger un maximum de profits, et les capitalistes français ne sont pas en reste.

Question 4 : Seriez-vous d’accord pour rediscuter d’une nouvelle loi de modernisation de l’économie (LME) qui encadrerait les marges de la grande distribution et pour organiser une conférence nationale sur les prix agricoles ?

Franchement nous n’avons aucune illusion sur les vertus des grandes conférences tant que les industries agroalimentaires et la grande distribution seront entre les mains des capitalistes (ou de prétendues coopératives qui fonctionnent sur le même modèle).
Nous avons dit plus haut notre accord avec la revendication du MODEF d’encadrer les marges, mais l’expérience montre que les progrès sociaux ont toujours été gagnés par la lutte, appuyés sur la constitution d’un rapport de force favorable, avant d’être inscrits dans la loi.

Question 5 : Etes-vous porteur :
• D’un projet de développement du pluralisme syndical agricole avec la suppression du seuil de 10 % de représentativité syndicale.
• Et pour un mode de scrutin à la proportionnelle intégrale pour toutes les élections professionnelles ?

Évidemment oui, c’est une exigence démocratique élémentaire. Dans le monde agricole un syndicat, certes majoritaire mais qui ne représente guère plus que la moitié des paysans, s’est arrogé le monopole de la représentativité avec la complicité de tous les gouvernements qui ont trouvé un moy

Question 6 : Etes-vous d’accord pour revaloriser les retraites des non-salariés agricoles et garantir un minimum mensuel de 1 200 € par mois ?

Cela nous semble un minimum. Il faut aussi poser la question de ce qui doit être pris en compte pour définir une carrière complète, actuellement c’est plus défavorable que pour les salariés. De plus des agricultrices et des agriculteurs « aidants familiaux » n’ont pas cotisé alors qu’ils travaillaient à plein. Si ce statut est aujourd’hui limité à 5 ans ce ne fut pas toujours le cas. Notamment pour les conjoints mais aussi pour ceux qui avaient moins de 21 ans le système de rachat de points retraite n’est pas satisfaisant. L’équité commanderait une prise en charge de ces périodes par la solidarité, donc avec un apport de l’Etat.

Question 7 : Etes-vous prêt à vous battre pour les semences de ferme afin que les exploitants puissent utiliser une partie de leur récolte pour ressemer leurs surfaces en céréales oléagineux et protéagineux ?

Nous défendons le droit à l’utilisation des semences de ferme et l’abrogation de l’interdiction du triage à façon, imposée par le lobby des gros semenciers. Ces derniers ont un autre moyen de confisquer les aides quand l’utilisation de semences certifiées est imposée pour certaines productions : cette obligation doit être levée. Non seulement les semences certifiées sont beaucoup plus chères mais elles sont souvent bourrées de pesticides !

Plus généralement nous défendons les pratiques paysannes contre les multinationales qui veulent breveter le vivant et en tirer profit, quitte à réduire la diversité variétale. Nous revendiquons l’interdiction des OGM et de l’importation de produits en contenant.

Question 8 : Etes-vous favorable à un développement d’un pôle public de recherche agricole avec un financement public à la hauteur des besoins ?

Bien entendu. C’est indispensable car les groupes privés ne songent qu’à leurs profits et comme dans la recherche médicale se focalisent sur ce qui est rentable. Aujourd’hui les productions plus marginales (horticulture, plantes aromatiques) ne les intéressent pas car les intrants qui leur sont destinés ne génèrent pas assez de chiffre d’affaire. Cela se retrouve à l’échelle mondiale, des productions traditionnelles comme le manioc n’ont connu aucun progrès.

Mais il faut garantir l’indépendance de la recherche et des chercheurs par rapport aux intérêts privés, donc assurer un financement 100 % public car c’est le payeur qui décide.

D’autres questions qui nous semblent essentielles
La rémunération du travail des paysans repose sur la vente des produits et sur les aides, or

dans beaucoup de secteurs le prix à la production couvre à peine les coûts, quand il n’est pas inférieur. Les aides, quand elles ne sont pas captées au passage par les créanciers, constituent la seule rémunération, mais leur répartition est injuste, elle n’est pas liée au nombre d’actifs et tient insuffisamment compte des handicaps naturels. C’est souvent le salaire du conjoint qui fait vivre la famille.

Nous voulons garantir des prix rémunérateurs, mais si on ne veut pas favoriser à nouveau les plus gros en primant le nombre d’hectares ou de têtes de bétail cela suppose un quantum. 

Dans ce cadre les aides seraient redéployées en faveur des zones difficiles pour maintenir l’agriculture sur tout le territoire. Elles assureraient aussi un salaire par actif agricole, rémunérant l’entretien des espaces naturels et les efforts d’adaptation aux normes environnementales qui ne doivent pas être vécues comme des contraintes mais comme un travail supplémentaire rémunéré. Les démarches administratives qui pèsent sur les agriculteurs doivent bénéficier d’une aide gratuite à la constitution des dossiers, assurée par le service public agricole.

L’endettement mérite d’être évoqué car beaucoup d’exploitations, incitées à s’agrandir et à s’équiper dans une vaine course productiviste, ne peuvent plus faire face aux échéances. Nous sommes favorables à une mise à plat des dettes, à un moratoire et un audit pour les agriculteurs surendettés, à l’effacement des intérêts et même de la dette en capital quand il apparaîtra que les banques se sont bien gavées.

Une réorientation vers l’agriculture biologique nous semble indispensable, tant du point de vue de l’environnement que de la santé publique, les agriculteurs et leurs familles étant les premières victimes des pesticides. Cela réclame une volonté politique, une priorité pour la recherche scientifique et des mesures d’accompagnement incitatives plutôt que répressives, en fait un plan d’action pluriannuel.

Le bio et plus généralement les produits de qualité ne doivent plus être confinés à des marchés de niche. Aujourd’hui le principal obstacle à leur diffusion réside dans le pouvoir d’achat de la majorité de la population, c’est pourquoi la défense d’une agriculture paysanne affranchie de la main mise des géants de l’industrie et de la grande distribution nécessite un combat commun de tous les exploités, des travailleurs des villes et des campagnes.

Tout le monde vante les circuits courts, mais cela suppose un tissu économique local adapté, or beaucoup de maires que nous avons rencontré déplorent la disparition des structures de proximité, la fermeture des abattoirs municipaux et des petites entreprises de transformation, le regroupement des coopératives au sein de structures géantes. Créer davantage de marchés et de petits commerces paysans en zone rurale mais aussi dans les grandes villes est indispensable pour permettre à toute la population de se nourrir sainement. 

en commode de canaliser et détourner les mobilisations.

Par de multiples artifices la FNSEA et le CDJA se sont assuré le contrôle des groupes coopératifs, de la protection sociale agricole, des assurances, ont interdit le pluralisme de la représentation des paysans au sein des interprofessions et des structures de concertation. Ils en tirent des moyens financiers qui font défaut aux autres syndicats pour exercer leur activité.