Désarmer la police, la proposition pas si saugrenue du NPA

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Jean-Michel Sicot
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Par Aurélie Delmas, publié par liberation.fr

Le tout-sécuritaire ? Très peu pour Philippe Poutou. Le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) réclame au contraire le désarmement des policiers.

Philippe Poutou veut désarmer la police. La proposition a «scotché» la chroniqueuse d’On n'est pas couché, Vanessa Burggraf. Elle en est même, de son propre aveu, «tombée de sa chaise» parce que «quand même on est en état de guerre».

Invité sur le plateau de Laurent Ruquier le 25 février, le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) est revenu sur une mesure effectivement écrite dans une brochure de campagne sans plus d’explication : «Le désarmement de la police.»

«Une urgence pour apaiser le climat social»

«La police qui est au contact de la population, notamment toutes les brigades spécialisées qui quadrillent les quartiers populaires au nom du sécuritaire, celles-là il faut les désarmer», a précisé Philippe Poutou sur France 2. «On nous habitue à une société policière, une société militarisée. Et ce qu’on dit c’est que ce n’est pas comme cela qu’on combat le terrorisme», a encore expliqué l’interviewé, se prononçant aussi pour que les forces de l’ordre ne disposent pas non plus de matraques «vu à quoi ça sert aujourd’hui», a-t-il commenté en référence à l’affaire Théo.

Interrogé par Libération, Philippe Poutou précise être «fondamentalement contre l’armement de la police. Et le désarmement des policiers omniprésents dans les quartiers est une urgence pour apaiser le climat social», a-t-il expliqué en précisant que la mesure ne concernait pas que les armes létales, mais aussi les tasers et autres grenades de désencerclement. Etat d’urgence, violences dans les manifestations contre la loi travail, mort d’Adama Traoré, agression sexuelle présumée de Théo, proposition d’une partie de la droite d’armer les policiers municipaux… «La violence était déjà là, ciblée et invisible dans les quartiers populaires avant, mais elle a franchi une étape», déplore le candidat qui souhaite que le pays sorte de la logique de répression.

Aucune exception pour les représentants des forces de l’ordre ?, le questionne-t-on. «Evidemment, s’il s’agit d’intervenir pour désarmer des individus armés dans un appartement, on ne va pas le faire avec des pistolets à eau. La question des truands ou des terroristes doit être mise à part», poursuit le candidat qui voudrait «construire une police qui ne joue pas un rôle de répression», avec, en contrepartie du désarmement, «un renforcement des services publics et des réponses sociales»«Le désarmement de la police, ça s’inscrit dans autre chose : comment on stoppe la spirale de la crise», justifie encore Poutou.

La proposition ne sort pas du chapeau. En 2012, le NPA proposait déjà la dissolution des Brigades anti-criminalité (BAC). En novembre 2016, le NPA appelait aussi à ne plus «tolérer un geste violent, un procès, et l’état d’urgence qui les accompagne. Si urgence il y a, c’est celle de faire le procès du taser et autre flash-ball, de désarmer la police et de faire le procès des "forces de l’ordre" et de ceux qu’elles servent». L’auteur du texte en question, Thibault Blondin, explique à Libé que l’idée était même avancée par le NPA dès 2010 et qu’elle avait «émergé des quartiers populaires». «On fait des lois tous les deux ans pour renforcer les pouvoirs de la police, certains veulent armer les policiers municipaux, nous on souhaite amener le débat dans l’autre sens : on ne veut plus voir de policiers avec des armes. Ce qui compte, c’est d’avoir une réponse à ce qui se passe dans les quartiers populaires et les mouvements sociaux», développe-t-il.

Le modèle anglo-saxon ?

Pour démontrer le réalisme de leur proposition, les anti-capitalistes observent le fonctionnement des forces de l’ordre en Angleterre, «un exemple de ce côté-là», un «pays où la police est beaucoup moins armée, et même des fois quasiment pas armée», a avancé Philippe Poutou sur France 2.

Jacques de Maillard, professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin et auteur de Sociologie de la police, confirme à Libération que «c’est plutôt une exception mais, en effet, la plupart des policiers ne sont pas armés en Angleterre. Ils sont d’ailleurs très fiers d’avoir une police au service du peuple, c’est l’idée de "policing by consent" [la police par consentement, ndlr]. Si elle s’est un peu durcie dans le temps, la police anglaise bénéficie tout de même d’un taux de satisfaction important», précise l’universitaire qui juge néanmoins la proposition de Poutou «trop radicale» «On ne peut pas trop en demander aux policiers qui partagent le sentiment qu’ils sont menacés», estime-t-il. Sur ce point, Philippe Poutou ne transige pas : «plus les policiers sont armés, plus ils sont menacés, c’est logique. Une police superarmée, qui a tendance à stigmatiser une partie de la population, ça risque de lui revenir dessus. Même pour eux, ils ont intérêt à se désarmer», répond le candidat. Un sondage de 2006, cité par la BBC en 2012, tendrait à lui donner raison : 82% des policiers de Grande-Bretagne ont déclaré qu’ils ne voulaient pas être systématiquement armés en service. Dans le même article, la BBC rappelle que, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, seulement 5% des officiers étaient autorisés à utiliser des armes à feu en Angleterre et au pays de Galles en 2012.

En 2016, le Washington Post revenait sur le fonctionnement des policiers en Grande-Bretagne, en Irlande, en Norvège, en Islande et en Nouvelle-Zélande qui «sont désarmés quand ils patrouillent» et ne disposent d’armes à feu que dans des circonstances «particulières».«En 2013, la police du Royaume-Uni n’a tué personne, alors que la police américaine admettait 461 homicides» d’après le FBI’s Uniform Crime Reporting, poursuit le quotidien britannique. S’il n’existe pas de chiffre officiel en France, le site d’information Bastamag a recensé 10 interventions des forces de l’ordre ayant entraîné la mort cette année-là.