Faire entendre nos colères, nos exigences

« On n’abandonnera pas, on ne se retirera pas, on ira jusqu’au bout »... Nous aussi, on l’affirme haut et fort, sauf que tout ne dépend pas que de nous !

En effet, pendant que les gros candidats peuvent mener leur campagne sans contrainte – hormis c’est vrai celles et ceux qui sont visés par la police ou la justice – nous sommes en pleine galère de recherche des parrainages qui absorbe, depuis des semaines, des mois, beaucoup de nos forces. Oui, nous essayons encore une fois de passer à travers les mailles du filet antidémocratique, des mailles à chaque fois plus fines... Mais malgré nos difficultés, nous y croyons et nous y mettons toute notre énergie, particulièrement motivéEs pour participer à ce « banquet » de la présidentielle où visiblement nous ne sommes pas conviés.
Car les affaires de corruption qui frappent Fillon et Le Pen rendent encore plus urgent d’être présents pour faire entendre une voix réellement « antisystème »… capitaliste ! La campagne est dominée voire écrasée par l’arrogance de ces candidatEs qui disent avoir rendez-vous avec le peuple... alors que c’est le pouvoir qui est leur unique obsession. Eux confondent leur nombril avec l’intérêt de la collectivité et leurs affaires avec l’argent public, eux se croient tout permis, affichent leur arrogance, leur mépris social, leur richesse, leurs privilèges, sans honte et sans scrupule.

Folie d’une campagne, aberration d’un système
C’est une campagne complètement folle, à l’image donc de ces candidats obsédés par eux-mêmes et par le pouvoir, à l’image d’une société elle aussi complètement folle, profondément injuste et violente. Car les mœurs du monde des politiciens que l’on voit aujourd’hui à l’œuvre, c’est un échantillon de celui des capitalistes qui possèdent l’économie, qui s’en servent pour défendre leurs intérêts privés et égoïstes. Les profits et les dividendes explosent, les fortunes des plus riches continuent d’augmenter, cela sans compter l’ampleur de la fraude fiscale, des centaines de milliards d’euros planqués dans les paradis fiscaux.
Car la classe dominante se gavent de richesses pendant que les politiciens à son service justifient et appliquent des politiques d’austérité. Ce système est une aberration : il provoque chômage, pauvreté, inégalités sociales, destruction des droits sociaux et de l’environnement... Rien ne résiste à son rouleau compresseur. Et les inégalités explosent, tout comme la violence sociale qui prend plusieurs formes : l’indécence des fortunes et des gaspillages, le démantèlement des services publics, les préjugés réactionnaires (racismes, sexisme, homophobie…), les galères de la précarité et les souffrances au travail, la pollution, les projets destructeurs... Et enfin, la répression policière et judiciaire contre toutes les formes de contestation, en particulier la répression dans les quartiers populaires qui tuent régulièrement des jeunes. Jusqu’à quand ?

Ne pas se résigner, résister !
Partout, l’ambiance est dominée par le ras-le-bol, l’écœurement, mais aussi malheureusement par une résignation terrible. Un peu comme si la population commençait à s’habituer au pire, à une société policière, à une triche et une malhonnêteté inévitable, à des reculs sociaux devant lesquels nous serions toutes et tous impuissants. Dans ce contexte, on le sait, cette campagne électorale ne changera pas la situation, mais il y a quelque chose à y faire. Au-delà du programme anticapitaliste que nous voulons y défendre, il nous appartient de faire vivre une perspective de résistances, de luttes sociales, de révolte, contre une société de plus en plus insupportable.
À l’image de ce que nous avons vécu lors des Nuits debout l’année passée, nous voulons faire vivre les aspirations à une véritable démocratie directe pour toute la population, à un monde solidaire, pour les avancées sociales, contre la surexploitation et la rapacité patronale, pour l’égalité des droits, pour la liberté de circulation et d’installation de toutes et tous, pour l’ouverture des frontières.
On le voit, plus que jamais, nous avons toutes les raisons de nous révolter contre ce système. Cette campagne est donc l’occasion d’aider à redonner confiance aux forces de notre camp social. Et d’affirmer que nous avons besoin d’une nouvelle force pour nous représenter. Un parti qui représente nos intérêts, un outil pour nos luttes quotidiennes, pour porter notre projet : l’utopie assumée d’un autre monde débarrassée de l’exploitation et de toutes les oppressions, écosocialiste, internationaliste.
Philippe Poutou