Permettre aux artisans de vivre de leur travail

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Un boulanger doit pouvoir gagner sa croute. Photothèque Rouge / Babar

L’artisanat a bonne presse. À droite on vante l’esprit d’entreprise et d’innovation et on met en avant les créations d’emplois. Certains courants de gauche et écologistes encensent le travail artisanal, opposé à la production industrielle. Qu’en pensent les anticapitalistes ?

Il faut savoir de quoi on parle. 1,2 million d’entreprises artisanales, c’est considérable mais très hétérogène. Plus de 500 métiers sont recensés dans des secteurs d’activité très différents. Certains relèvent de l’artisanat d’art, d’autres concernent des services allant du taxi à la restauration, alors que la construction se taille la part du lion.

Les raisons de l’augmentation du nombre d’artisans sont tout aussi diverses : externalisation des tâches par de grosses entreprises mais aussi par des administrations, installation à leur compte de travailleurs licenciés, volonté de ne pas dépendre d’un patron…

Quand on parle d’entreprise artisanale, il ne faut pas penser « petit patron » : 62 % des artisans n’emploient aucun salarié, et cette proportion augmente au rythme du nombre d’auto-entrepreneurs. Nous devons effectivement prendre davantage en compte cette partie du monde du travail, comme nous le faisons aussi pour les agriculteurs.

Les chambres des métiers soulignent que l’artisanat est le premier employeur de France. Le patronat dénonce les lourdeurs, les contraintes et les charges qui font obstacle à davantage de créations d’emplois...

C’est le discours classique, les difficultés des petits patrons servent de prétexte aux exonérations de cotisations et aux cadeaux fiscaux dont bénéficient d’abord les gros. C’est aussi la remise en cause du code du travail jugé trop lourd, des seuils sociaux ouvrant droit à la représentation des salariés, de la « menace » des prud’hommes. Mais comme rappelé plus haut les deux tiers des artisans ne sont pas des patrons mais simplement des travailleurs indépendants qui vivent plus ou moins bien de leur travail. C’est à ceux-là que va notre sollicitude, ainsi qu’au million et demi de salariés, en majorité des ouvriers.

Les relations sociales au sein des petites entreprises sont loin d’être idylliques, le droit du travail est régulièrement bafoué, comme en témoignent les militants qui reçoivent les salariés dans les unions locales. Faute de syndicats, les prud’hommes sont souvent le seul recours. Certes il ne faut pas généraliser mais l’époque du compagnonnage est bien révolue. Pour nous, les droits des travailleurs ne doivent pas dépendre des effectifs de l’entreprise.

Les artisans dénoncent les difficultés d’exercice de leur métier, les contraintes administratives, les revenus insuffisants et les carences de leur protection sociale. Ont-ils raison ?

On aurait tort de voir là du poujadisme. Ainsi, le rapport 2015 de l’Insee montre une baisse des revenus individuels. Le travail n’est pas également réparti dans le temps, il y a des périodes de quasi-chômage et d’autres où on ne compte pas ses heures. Le pouvoir d’achat des particuliers est en berne. Les collectivités locales, asphyxiées par l’austérité budgétaire et la diminution de la dotation de fonctionnement, diffèrent ou abandonnent des travaux, mettant en péril la présence d’artisans. Les entreprises donneuses d’ordre jouent sur la concurrence.

Les artisans sont des indépendants et pour la majorité, le capital investi ouvre seulement la possibilité de travailler. Les « défaillances d’entreprises » touchent surtout les travailleurs individuels. D’autres tiennent le coup, avec une rémunération horaire inférieure au SMIC.

Quant aux obligations administratives elles constituent un travail supplémentaire, parfois compliqué et qui repose souvent sur le conjoint.

Avec des cotisations pourtant élevées, le régime social des indépendants assure une mauvaise couverture, mais curieusement ne fait pas plus partie que la MSA (la sécu agricole) des « régimes spéciaux » régulièrement mis en cause !

Quelles réponses peuvent apporter les anticapitalistes aux difficultés des artisans ?

Nous ne proposons pas d’exproprier le coiffeur, le plombier ou le bistro. Les expériences dans ce domaine n’ont guère été concluantes... L’avenir passe à notre avis par l’organisation coopérative, mais on ne peut forcer la main : nous respectons le choix du travailleur indépendant qui n’exploite personne.

Les artisans doivent vivre de leur travail sans se tuer à la tâche et rester présents sur tout le territoire. Il s’agit d’encourager leur activité, y compris par des aides à l’installation, par exemple dans la transformation locale de produits agricoles, et de desserrer l’étau de l’endettement par des crédits à bon marché. Nous voulons rendre aux collectivités locales et aux établissements publics leur capacité d’investissement, supprimer la TVA qui alourdit la facture des particuliers et imposer un prix plancher aux ­entreprises qui sous-traitent.

Aucune pension de retraite ne doit être inférieure au SMIC.

Quant à l’aide aux démarches et déclarations administratives, elle doit être assurée gratuitement par les services publics.